En 2006, le groupe scolaire Antoine de Saint-Exupéry, à Isle en Haute-Vienne, est restructuré sous la direction de l’architecte Hervé David. Le chantier comprend une isolation thermique par l’extérieur — et c’est dans cette peau neuve que s’inscrit notre intervention, au titre du 1 % artistique : les panneaux qui habillent l’isolant sont eux-mêmes l’œuvre.
Le projet est mené avec le photographe auteur Patrick Fabre. Les images sont imprimées en jet d’encre sur des supports à finition stratifiée — une âme en bakélite, un stratifié imprimé et une couche de protection anti-UV. Sur une surface de cette ampleur, le procédé est alors une première en Limousin, et n’avait été employé que de rares fois en France.
Toute la difficulté tient dans une contradiction. Une image de façade se regarde normalement de loin : on l’imprime donc en basse définition, personne n’ira compter les pixels. Ici, les spectateurs sont des enfants — ils passent devant tous les jours, s’arrêtent, s’appuient, mettent le nez dessus. Les images devaient donc être justes à trois mètres comme à trois centimètres. D’où une impression à 150 DPI sur des panneaux de plusieurs mètres, et les volumes de données qui vont avec.
La seconde contrainte est architecturale. Une façade n’est pas un support d’affichage : elle est percée. Chaque composition devait éviter les ouvertures, se plier au format propre de chaque façade et rester lisible une fois découpée en panneaux. L’image ne s’applique pas au bâtiment — elle se construit avec lui.
Au-delà de la création des images, nous avons produit le glossaire des panneaux façade par façade : chaque panneau porte une référence dans sa marge, reportée sur une planche qui montre le fragment d’image qu’il transporte, en regard du calepinage et des débits du fabricant. C’est ce document qui rend le chantier possible — sans lui, 256 panneaux d’images fragmentées sont impossibles à poser dans le bon ordre.
Quelques chiffres : plus de 900 m² imprimés, répartis sur 5 façades · 256 panneaux (1,30 m de large, jusqu’à 3,60 m de long) · 40 milliards de pixels · 100 Go de données.
Fabriquées pour durer, ces images accompagnent la curiosité et le questionnement des enfants tout au long de leur scolarité. Une commande d’art public qui déborde le graphisme — et une preuve concrète de notre capacité à travailler à l’échelle du bâti, en coordination avec l’architecte et le fabricant.